
Sur une parcelle d’environ 2 000 m², accrochée à un coteau exposé plein sud au-dessus de Nice, HORUS Paysages a dessiné un jardin en restanques qui descend du plein soleil méditerranéen à l’ombre fraîche d’une jungle. Trois terrasses, trois ambiances, pas un mètre carré de gazon : le sol est en grave calcaire stabilisée, et toute l’énergie est passée dans le végétal. Le jardin a été livré en 2025 par l’entreprise Les Bâtisseurs du Paysage.
Un jardin en restanques sur un coteau plein sud au-dessus de Nice
Le terrain est une pente, une vraie : le regard plonge sur les toits de Nice, la mer ferme l’horizon, et le sol part vers le bas sans jamais se poser. Exposition sud, réverbération, sécheresse estivale : tous les ingrédients d’un jardin sec, si l’on s’arrête au constat.
La commande, en revanche, disait autre chose. Nos clients, grands voyageurs, avaient une envie très précise : retrouver chez eux, sur cette colline, quelque chose de l’atmosphère balinaise qui les avait marqués. Ils voulaient donc une paillote, du bambou, de l’eau et de la fraîcheur. Sur un flanc de colline niçois brûlé par le sud, cette contradiction faisait justement l’intérêt du projet.

Le parti paysager : descendre du soleil vers l’ombre
Plutôt que d’imposer une ambiance unique, nous avons fait de la pente le récit du jardin. On entre d’abord en haut, dans la lumière, la garrigue et le minéral chaud. Puis on descend, et l’air change : la végétation s’épaissit, les feuillages s’élargissent, la lumière se filtre. Enfin, tout en bas, on se retrouve dans un cocon d’ombre, coupé du reste, au bord de l’eau.
Deux ambiances sont ainsi franchement assumées, articulées par la descente : une palette sèche adaptée au coteau exposé sud, puis une palette luxuriante à l’abri, en pied de pente. Le jardin ne se voit donc pas d’un seul point de vue : il se parcourt.
Les restanques, ces terrasses de culture traditionnelles du pourtour méditerranéen, donnent la structure du jardin de Nice. Nous les avons retravaillées, puis soutenues par des enrochements en calcaire dolomitique : environ 135 blocs, toutes tailles confondues, posés sur l’ensemble du jardin. C’est un matériau local, et une géométrie qui ne triche pas avec le site.

Trois restanques, trois façons d’habiter le jardin
En haut : la piscine à débordement, le brasero et la mer
La restanque haute est celle du grand large. La piscine à débordement s’ouvre sur la ville et la mer ; autour d’elle, 60 m² de terrasse en padouk et une cuisine d’été prolongent la maison. Une structure en bambou et sa balancelle tiennent également le coin d’ombre, au bord du bassin.
À côté, le coin brasero forme un cercle de 28 m² en dalles de calcaire dolomitique posées en opus incertum, joints sable, ceinturé d’une assise maçonnée revêtue de padouk. On s’y assoit face au couchant. Quatre oliviers y tiennent le rôle principal, deux de 200 ans et deux de 150 ans, amenés sur place pour donner d’emblée au lieu son âge.

Au milieu : la paillote, la pétanque et le jardin sec
La deuxième restanque est plus intime, mais elle garde la vue. C’est là qu’on dîne, sous une paillote de bambou au toit végétal, adossée à un talus planté sec. Devant elle s’étendent un terrain de pétanque en grave calcaire compactée, simplement bordé d’un cordage, puis une terrasse en bois qui fait la transition avec le muret de pierre.
Le talus qui domine la scène est le cœur du jardin sec : plus de 250 m² de massifs paillés de concassé calcaire, où les nuages de graminées ondulent dès qu’il y a un souffle. C’est aussi la scène qui bouge le plus, et celle qui demande le moins.

En bas : l’oasis, une jungle à l’ombre
Ensuite, on descend les emmarchements en traverses de chêne, et le climat change. La restanque basse, que nous appelons l’oasis, est un cocon d’ombre dense, refermé sur lui-même, où l’on n’entend plus que l’eau.
Deux pièces d’eau en béton y sont installées : un bassin linéaire de 15 m sur 0,95 m, et un bassin circulaire de 5 m de diamètre équipé de jets. Une pompe avec filtration et traitement UV les alimente. L’eau n’est pas là pour la baignade : elle apporte en effet l’humidité, le bruit, et un peu de fraîcheur sous les frondaisons. Pour la technique de ce type d’ouvrage, voir notre note sur le bassin béton et la fontainerie sur la Côte d’Azur.

Pas un mètre carré de gazon
C’est un choix arrêté dès l’esquisse, puis discuté avec les clients : aucune pelouse. Sur un coteau sud niçois, un gazon coûte en effet de l’eau, du temps et des passages de tondeuse, pour un intérêt paysager faible.
Les circulations, la place du brasero et le terrain de pétanque sont donc traités en grave calcaire dolomitique 0/5 mm compactée, sur fond de forme drainant, avec un bordurage naturel. Les massifs, eux, reçoivent un concassé de dolomie 5/15 mm non compacté, qui joue le rôle de paillage minéral : il limite l’évaporation et freine la levée des adventices. Ce que l’on économise sur la tonte, on le remet ainsi dans le végétal. L’entretien ne consiste plus à passer la tondeuse, mais à conduire les massifs.
La même logique a guidé les ouvrages. Les emmarchements et les bassins avaient d’abord été étudiés en acier corten ; ils ont ensuite été repris en traverses de chêne et en béton pour tenir le budget. Nous préférons assumer ce genre d’arbitrage tôt, car un matériau simple bien mis en œuvre et un végétal généreux valent mieux que l’inverse. Sur ce sujet, voir aussi notre note calade ou pierre à plat sur la Côte d’Azur.
Le végétal : deux palettes qui se répondent
Le jardin sec, sur le haut du coteau
Côté sec, la palette est celle du maquis, tenue par les graminées. Plus de 300 Stipa tenuissima et près de 130 Muhlenbergia dubia composent d’abord une masse mouvante, ponctuée d’Helichrysum italicum au feuillage argenté et de cistes, Cistus × purpureus ‘Alan Fradd’. La structure arbustive est ensuite méditerranéenne pure : Pistacia lentiscus, Arbutus unedo ‘Compacta’, Phillyrea angustifolia, Quercus ilex et Quercus suber, dont un beau sujet conduit en cépée.
S’y ajoutent enfin les sculptures : Agave attenuata en forts sujet, Dasylirion longissimum en 125/150 , Euphorbia canariensis, près de 140 Kalanchoe thyrsiflora et une trentaine d’Echinocactus grusonii posés dans les enrochements. Une fois installé, ce vocabulaire se passe donc d’arrosage régulier.
L’oasis, en pied de pente
Côté oasis, en revanche, on bascule. Les palmiers font la voûte : Butia × nabonnandii en 200/225 et en cépée, Chamaerops humilis ‘Etna Star’, et surtout 33 Rhapis excelsa en 100/120 . Ce petit palmier-bambou d’ombre donne toute la verticalité fine du sous-bois. Dessous, les grands feuillages prennent le relais : Musa basjoo, Hedychium coccineum, Dicksonia antarctica et un Cycas revoluta de fort diamètre.
Le chantier a permis d’aller plus loin encore. Pour épaissir la jungle, nous avons en effet ajouté en cours de travaux de grands feuillages tropicaux : Ficus elastica en masses sombres et luisantes, Strelitzia nicolai aux feuilles de pagaie, puis Monstera deliciosa et Philodendron bipinnatifidum en masses basses de sous-bois. Ce sont eux qui referment vraiment la scène. Agrumes, grenadiers et néfliers du Japon, Eriobotrya japonica, font également le lien entre les deux mondes.


Arrosage et lumière : le détail qui tient le tout
Le jardin est équipé d’environ 1 590 ml de goutte-à-goutte, alimentés par un surpresseur dimensionné pour l’ensemble du site. Une distinction importante y est faite : les massifs sont sur réseau fixe, tandis que les haies sont sur un réseau temporaire, destiné à être coupé une fois la reprise acquise. C’est le principe d’un jardin méditerranéen bien conduit : on arrose pour installer, pas pour maintenir.
La mise en lumière compte plus de 175 points en 2700 K, répartis entre bornes, lumières rasantes et projecteurs, auxquels s’ajoutent quatre spots immergés en 3000 K dans les bassins. Une température de couleur chaude et basse est ainsi tenue partout : la nuit, le jardin ne s’éclaire pas, il se dessine.
Le jardin en restanques de Nice à N+1
Ce jardin n’est pas terminé, et c’est voulu. Les populations végétales installées, les graminées surtout, vont se ressemer, se déplacer, se concurrencer. Le travail des prochaines années consiste donc à accompagner ce mouvement : arbitrer les semis spontanés, ouvrir ou refermer certaines vues, laisser la jungle s’épaissir en bas et garder le haut en tension sèche. C’est ce que nous appelons une gestion naturelle des populations : on ne rétablit pas un plan de plantation, on conduit un peuplement.
Les photographies de cet article ont été prises en juillet 2026, un an après la livraison. Les graminées ont fait une saison complète, les palmiers de l’oasis ont refermé la voûte, et les sols en grave ont pris leur patine. C’est en effet à un an que l’on voit si un jardin en restanques a été bien conçu pour le climat de Nice.

Où nous intervenons sur la Côte d’Azur
HORUS Paysages est une agence d’architecture du paysage installée à Feucherolles, dans les Yvelines, qui conçoit et suit des jardins de grandes propriétés en Île-de-France, en Normandie et sur le pourtour méditerranéen. Sur la Côte d’Azur, nous intervenons à Nice et dans les Alpes-Maritimes — Cap d’Antibes, Saint-Jean-Cap-Ferrat, Villefranche-sur-Mer, Èze, Roquebrune-Cap-Martin, Mougins, Valbonne, Saint-Paul-de-Vence, Le Cannet et Super-Cannes — sur des propriétés privées, des domaines et des villas en pente ou eHORUS Paysages sur la Côte d’Azur
HORUS Paysages, agence d’architecture du paysage installée à Feucherolles et à Antibes, conçoit et suit des jardins de grandes propriétés sur la Côte d’Azur, en Île-de-France et en Normandie. Dans les Alpes-Maritimes, nous intervenons notamment sur des villas en pente ou en bord de mer, de Nice au Cap d’Antibes. Au Cannet, nous avons par exemple effacé tous les vis-à-vis d’un jardin de 550 m². Nos autres réalisations sont présentées sur notre page architecte paysagiste dans les Alpes-Maritimes.
Ce jardin s’inscrit dans notre travail d’architecte paysagiste à Nice. Un peu plus à l’ouest, sur un autre coteau, le jardin exotique de Saint-Laurent-du-Var associe lui aussi jungle près de la maison et garrigue sur les talus.
Questions fréquentes
Oui, et c’est souvent le meilleur choix. Sur un coteau exposé sud, une pelouse consomme beaucoup d’eau et de temps pour un intérêt paysager faible. Des circulations en grave calcaire compactée et des massifs paillés de concassé offrent en revanche une surface praticable toute l’année, sans tonte ni arrosage permanent. Le budget d’entretien est ainsi libéré pour le végétal.
En restanques. Ces terrasses successives, soutenues par des enrochements ou des murs de pierre, stabilisent le sol, cassent le ruissellement et créent des plateaux réellement utilisables. Chaque niveau peut donc recevoir un usage propre, baignade, repas, jeux ou repos, ainsi qu’une ambiance végétale différente selon son exposition et son ombrage.
Pour l’effet luxuriant, on associe des palmiers comme Chamaerops humilis ou Butia, le bananier Musa basjoo, la fougère arborescente Dicksonia antarctica, les gingembres d’ornement (Hedychium) et, en situation abritée, Rhapis excelsa, Ficus elastica et Strelitzia nicolai. Toutefois, ces plantes demandent un sol frais et de l’ombre portée : on les installe en pied de pente, jamais en plein sud.
Peu, à condition qu’il soit conçu pour. Sans gazon, avec un paillage minéral et des espèces adaptées au sol et à l’exposition, l’entretien se réduit à une taille annuelle, à la conduite des semis spontanés et au suivi de l’arrosage. Le poste le plus important devient donc le pilotage du peuplement végétal dans le temps.

Vous avez un terrain en pente, une envie d’ailleurs à faire pousser chez vous ? Discutons-en.
LE JARDIN EN QUELQUES MOTS
- Superficie : 2000m2
- Localisation : Nice
- Conception : HORUS Paysages
- Réalisation : Les Bâtisseurs du Paysage
- Livraison : 2025

Stanislas Jung est paysagiste concepteur DPLG, formé à l’École nationale supérieure de paysage de Versailles, et fondateur d’HORUS Paysages. Depuis Feucherolles, il conçoit jardins et parcs dans les Yvelines, en Normandie et sur la Côte d’Azur, de l’esquisse au suivi de chantier. Si la botanique et l’écologie sont nécessaires, il n’oublie pas l’importance du trait : le jardin comme trait d’union entre « le sauvage » et « le construit ». Ses immersions en milieu naturel, de la Mongolie à l’Islande, nourrissent chaque projet.