Un petit jardin du Cannet qui a effacé tous ses vis-à-vis

26 juillet 2026 
Grandes feuilles d'Alocasia odora au premier plan et piscine bordée d'ipé en arrière-plan, Le Cannet

Sur les hauteurs de Cannes, au Cannet, 550 m² de jardin cernés d’immeubles, de rue et de voisinage. La commande tenait en une phrase : ne plus voir personne, et ne plus voir la voiture garée à dix mètres du bassin. HORUS Paysages a répondu en faisant de chaque arbre un outil : supprimer un vis-à-vis dans un jardin de cette taille ne se joue pas au mètre linéaire de haie, mais sujet par sujet, vue par vue. Le jardin a été livré en 2023.

Le contexte : une maison ouverte, un jardin qui ne l’était pas assez

La villa est largement vitrée sur son jardin. Séjour, cuisine, chambres : tout regarde la piscine, et tout ce qui regarde la piscine est vu en retour. Autour, la densité du Cannet — des immeubles en surplomb au nord, la rue en limite, des toitures voisines dans l’axe du bassin.

Le terrain, lui, est étroit et déjà occupé. Sur 550 m², un araucaria de grande taille, quelques yuccas arborescents, un cyprès conduit en cône, un laurier-rose : de la matière ancienne qu’il aurait été absurde d’abattre, mais qui ne masquait rien de ce qui gênait. L’étude a démarré en septembre 2022, le dossier projet a été rendu le 20 décembre 2022, le jardin livré en 2023.

La contrainte est classique sur la Côte d’Azur et rarement bien traitée : très peu de surface disponible, une exigence d’intimité totale, et l’interdiction implicite de transformer le jardin en couloir de haies.

Le parti paysager : un arbre, un vis-à-vis

Le parti tient en une méthode. Nous nous sommes assis aux points de vue réels — depuis le salon, depuis la table, depuis les bains de soleil, depuis l’eau — et nous avons relevé ce qui gênait. Un balcon ici, une toiture là, un pignon dans l’axe. À chaque gêne identifiée correspond ensuite un sujet, choisi pour sa hauteur adulte, son port et son opacité, planté au point exact où il intercepte la ligne de regard.

C’est plus économe qu’un écran continu, et infiniment plus élégant. Un rideau planté sur tout le pourtour aurait mangé la moitié d’un jardin qui n’en a pas les moyens, et l’aurait refermé sur lui-même. Ici, la végétation est dense là où elle doit l’être, transparente ailleurs.

Le plan de plantation porte d’ailleurs les intentions en toutes lettres : « haie persistante pour cacher les immeubles » au nord, « haie persistante pour se cacher de la rue » en limite. Deux problèmes distincts, deux réponses distinctes.

Grandes feuilles d'Alocasia odora au premier plan et piscine bordée d'ipé en arrière-plan, Le Cannet
Deux Alocasia odora suffisent à cadrer la vue et à donner l’échelle d’un jardin pourtant étroit.

Faire disparaître une voiture garée à dix mètres du bassin

Le vis-à-vis le plus tenace n’était pas un voisin, c’était un véhicule. L’aire de stationnement — 25 m² de béton désactivé à l’entrée — se trouve à une dizaine de mètres de la piscine, dans l’axe. Une carrosserie dans le champ suffit à faire basculer un jardin de villégiature du côté du parking.

La réponse combine trois épaisseurs. Une haie de Ficus nitida d’abord, plantée en 150/175, dense et taillable au cordeau. Trois sujets plus forts ensuite, en 250/300, qui donnent immédiatement la hauteur là où il en fallait tout de suite. Un Cinnamomum camphora enfin — le camphrier — livré en 400/450, dont la couronne passe au-dessus de la haie et boucle le cadrage en hauteur.

Aujourd’hui, depuis la plage de piscine, il n’y a plus de voiture. Il y a un fond vert.

Les sols : pierre naturelle, ipé et béton désactivé

Sur un jardin contraint, le dessin des sols fait autant que le végétal. Trois matériaux, trois usages, aucune hésitation.

71 m² de dallage en pierre naturelle — une pierre d’Égypte claire retenue à l’échantillon par l’entreprise — pour les circulations et la terrasse au pied de la villa. Le tracé est courbe, jamais frontal : on ne voit jamais tout le jardin d’un coup, ce qui l’agrandit.

50 m² de terrasse en ipé pour la plage de piscine et le salon d’été, posés à l’anglaise, vis bouchonnées. Le platelage s’interrompt et se recoupe autour des massifs : c’est le bois qui contourne les plantes, pas l’inverse.

25 m² de béton désactivé pour le stationnement, le seul endroit où l’on assume un sol utilitaire — et le seul qu’on ne voit plus.

Entre dallage et massifs, une rive de galets assure le drainage et évite que la terre ne vienne salir la pierre à chaque arrosage. L’ensemble des réseaux — eau, électricité, fibre — a été repris à l’occasion du chantier, et l’arrosage automatique piloté en domotique. L’éclairage a été traité en scénographie plutôt qu’en balisage : appliques murales et spots orientés dans les cépées, chez Platek.

Massif de Strelitzia et boules de Pittosporum tobira en rive d'une terrasse en ipé, Le Cannet
La découpe du platelage a été dessinée autour du massif, pas l’inverse.

La palette : méditerranéenne au soleil, tropicale à l’ombre

Dix-huit taxons, pas un de plus. Un petit jardin ne supporte pas la collection.

L’ossature persistante fait le travail d’écran : 28 Ficus nitida et 23 Eugenia myrtifolia, ces derniers en 150/175, dont les jeunes pousses bronze réchauffent la masse verte au printemps. Cinquante-et-un sujets de haie, à eux seuls, pour tenir les limites.

Le registre méditerranéen occupe les parties ensoleillées : un Olea europaea conduit en cépée, deux Pistacia lentiscus, cinq Phillyrea angustifolia, onze Pittosporum tobira en 80/100 conduits en boules libres, huit Teucrium fruticans dont le feuillage argenté éclaire les rives d’allée. Trois Euphorbia canariensis et un Agave attenuata apportent la note graphique, l’euphorbe installée dans une jardinière intégrée au dallage.

À l’ombre — sous l’araucaria, au pied des murs — la palette bascule sur les macrofeuillages : deux Alocasia odora, six Monstera, des Strelitzia dont les grandes pagaies dressées cadrent la vue vers le bassin. C’est le contraste de textures, plus que la couleur, qui donne sa profondeur au jardin. Un Trachelospermum jasminoides palissé et des bougainvillées sur le mur complètent la verticalité.

Le sol a été traité en conséquence : décompactage des 73 m² de massifs, 21 m³ de terre végétale amendée sur 30 cm d’épaisseur, et 5,8 m³ de paillage organique étalé sur 8 cm. Sur un jardin de cette exposition, le paillage n’est pas un ornement : c’est ce qui divise les arrosages d’été.

Le résultat, à l’été 2026

Les photographies de ce reportage ont été prises le 8 juillet 2026, soit trois saisons de végétation après la livraison. Les haies ont fermé, les macrofeuillages ont pris leur volume, l’olivier et le camphrier ont dépassé la ligne de toiture voisine.

Depuis la piscine, on ne voit plus un immeuble, plus une rue, plus une voiture. On voit un écrin. C’est exactement ce qui avait été demandé — et c’est le genre de résultat qui ne se mesure pas en mètres carrés plantés, mais en angles de vue supprimés.

Le jardin a été réalisé par Les Bâtisseurs du Paysage, entreprise du paysage installée à Antibes, sur la conception d’HORUS Paysages, agence d’architecture du paysage dirigée par Stanislas Jung, architecte paysagiste DPLG.

Questions fréquentes

Comment supprimer un vis-à-vis dans un petit jardin ?

En traitant les vues une par une, plutôt qu’en plantant une haie continue. On identifie depuis les points de vie réels — terrasse, salon, piscine — ce qui gêne exactement, puis on place un sujet dont la hauteur adulte et le port interceptent cette ligne de regard précise. Sur un jardin étroit, cette méthode consomme trois fois moins de surface qu’un écran périphérique.

Quelles plantes persistantes pour un brise-vue rapide sur la Côte d’Azur ?

Sur ce jardin du Cannet, l’écran repose sur Ficus nitida et Eugenia myrtifolia, deux persistants qui supportent une taille serrée et gardent une masse dense du sol à la cime. Pittosporum tobira, Phillyrea angustifolia et Pistacia lentiscus complètent en strate basse. Le choix dépend toujours de l’exposition, du sol et de la hauteur à masquer.

Combien de temps faut-il pour qu’un écran végétal devienne efficace ?

Cela dépend surtout du calibre planté. Ici, la haie a été mise en place en 150/175, avec trois sujets renforcés en 250/300 aux endroits les plus exposés et un camphrier en 400/450 pour l’effet immédiat en hauteur. Un écran planté en petits calibres met quatre à cinq ans à jouer son rôle ; en forts calibres, l’effet est acquis dès la première saison.

Terrasse en bois ou en pierre naturelle autour d’une piscine ?

Les deux, si le jardin le permet. Le bois — ici de l’ipé — reste tempéré pieds nus et se travaille en découpes autour des massifs ; on le réserve donc à la plage de bain et au salon d’été. La pierre naturelle, plus stable et plus facile d’entretien, convient mieux aux circulations et aux terrasses de plain-pied avec la maison.


Vous avez un jardin cerné de regards, une piscine que l’on ne peut pas vraiment habiter ? Discutons-en.

LE JARDIN EN QUELQUES MOTS

  • Superficie : 550m2
  • Localisation : Le Cannet
  • Conception : HORUS Paysages
  • Réalisation : Les Bâtisseurs du Paysage
  • Livraison : 2023

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