
Un bassin en béton réussi sur la Côte d’Azur se joue avant la première goutte d’eau : autorisations vérifiées dans le PLU, terrassement au niveau, béton armé coulé en place, réseaux posés avant remblai, étanchéité traitée aux points faibles et local technique accessible. HORUS Paysages, agence d’architecture du paysage, conçoit ces ouvrages d’eau pour des jardins de Saint-Jean-Cap-Ferrat, de Cannes ou de Saint-Tropez. Voici la méthode, illustrée par notre jardin en restanques sur les hauteurs de Nice, réalisé avec Les Bâtisseurs du Paysage et livré en 2025.

Pourquoi l’eau prend une place à part dans les jardins de la Riviera
Sur la Côte d’Azur, l’eau d’un jardin dialogue avec celle de la mer. Un canal tendu, un bassin miroir, une nappe qui glisse d’un seuil à l’autre : la ligne d’eau cadre l’horizon et apporte, en plein été, le son et la fraîcheur qui manquent aux restanques sèches.
Le territoire impose pourtant ses conditions. À Saint-Jean-Cap-Ferrat, la presqu’île reçoit les embruns, qui marquent les bétons et les pièces métalliques. Autour de Saint-Tropez, le vent assèche la lame d’eau et la déchire sur un seuil mal protégé. Partout, l’été méditerranéen fait évaporer le plan d’eau et concentre le calcaire de l’eau de réseau sur les parois.
Le relief compte autant. Les jardins de Cannes ou des hauteurs de Nice s’étagent en terrasses : chaque ouvrage d’eau commence par une plateforme rigoureusement calée. Avant tout projet, nous consultons la nature du sous-sol sur InfoTerre (BRGM) et les risques du terrain sur Géorisques — mouvements de terrain, retrait-gonflement des argiles, sismicité. Les Alpes-Maritimes comptent parmi les départements de métropole les plus exposés au risque sismique : le ferraillage d’un ouvrage enterré se dimensionne en conséquence.
Le béton coulé en place : un ouvrage de maçonnerie avant d’être un décor
Un dessin simple, une exécution exigeante
Le chantier qui illustre cet article associe deux gestes : un bassin linéaire de 15 mètres sur 0,95 m, cloisonné de seuils, qui se jette dans un bassin circulaire de 5 mètres de diamètre équipé de jets. Le plan rappelle une serrure ancienne. Sa simplicité ne tolère aucune approximation : un cercle qui s’ovalise ou un seuil décalé de quelques millimètres se voit dès la mise en eau.
Le dessin initial prévoyait des rigoles et un bassin bordés d’acier corten. Pour tenir le budget, le projet a basculé vers un béton armé coulé en place. Le matériau s’est révélé plus massif et plus calme dans la lumière de la baie.
Radier, attentes, voiles
L’entreprise coule d’abord le radier, une dalle de fond armée d’un treillis d’acier. Des barres verticales en dépassent : ce sont les attentes, qui ancreront les voiles, c’est-à-dire les parois. Sur le chantier, chaque attente porte un capuchon rouge qui protège les compagnons.

Sur un terrain en pente, l’accès d’une toupie jusqu’au fond du jardin est rarement possible. Ici, une mini-pelle équipée d’une benne à béton achemine le matériau jusqu’au coffrage. Viennent ensuite les voiles, coffrés en courbe pour le bassin et en ligne droite pour le canal.
L’étanchéité se joue aux points singuliers
Un bassin en béton fuit rarement par sa masse. Il fuit par ses points faibles : la reprise de bétonnage entre radier et voiles, et les traversées de tuyaux. Nous demandons donc un traitement spécifique de chaque reprise et des pièces de traversée étanches, posées dans le coffrage avant le coulage. Percer un voile après coup revient à fabriquer une fuite.

Une mise en eau d’essai, avant les revêtements de sol et les plantations, vérifie l’ouvrage pendant qu’il reste accessible. C’est la dernière occasion de reprendre un défaut sans démonter le jardin.
La fontainerie : ce qui fait vivre l’eau
Des seuils calés au niveau
Dans le canal, les seuils déversoirs découpent la pente en une succession de plans d’eau. La beauté de la nappe qui passe d’un bief à l’autre dépend d’une seule chose : l’arase du seuil, parfaitement horizontale. Un bord qui penche concentre le débit d’un côté et laisse l’autre à sec.

Les réseaux passent avant le remblai
Alimentation, refoulement, vidange, éclairage : tous les réseaux du bassin courent sous le jardin. Ils se posent en tranchée, repérés et testés, avant tout remblaiement. Sur ce chantier, le faisceau de tubes et de gaines a rejoint le local technique avant même la plantation du premier palmier.

Un local technique pensé pour l’entretien
Les deux pièces d’eau sont alimentées par une pompe avec filtration et traitement UV. Le programme prévoyait en outre un remplissage raccordé au réseau d’arrosage et un surpresseur pour garantir le débit de l’ensemble du jardin. Quatre spots immergés en 3000 K éclairent les bassins à la nuit tombée. Le local technique regroupe la commande électrique, la nourrice d’électrovannes et la régulation de pression. Nous le voulons accessible, ventilé et lisible : un jardinier doit pouvoir y intervenir sans plan.

Circuit fermé et restrictions d’eau
Sur la Côte d’Azur, un bassin d’agrément doit fonctionner en circuit fermé. En période de sécheresse, les arrêtés préfectoraux peuvent restreindre le remplissage et l’appoint des bassins et fontaines : la situation de chaque commune se consulte sur VigiEau. Un appoint automatique, couplé à une surveillance du niveau, limite la consommation à l’évaporation réelle.
Intégrer l’ouvrage au jardin
Une fois planté, le jardin absorbe le béton. L’eau n’y est pas pour la baignade : elle apporte l’humidité et le bruit, qui porte jusqu’en haut de la restanque. Le projet complet est présenté dans notre article sur le jardin en restanques de Nice. Autour du bassin, le gravier minéral fait la transition entre l’ouvrage et le paillage des massifs. Le programme de plantation de cette partie du jardin, que nous appelions l’oasis, associait palmiers et feuillages graphiques : Butia, Chamaerops humilis ‘Etna Star’, Rhapis excelsa, Dasylirion longissimum, fougères arborescentes Dicksonia antarctica.

Les autorisations à vérifier avant de couler le béton
Le code de l’urbanisme : la surface du bassin fixe la procédure
Le code de l’urbanisme encadre les piscines selon la surface du bassin : dispense en dessous de 10 m², déclaration préalable entre 10 et 100 m², permis de construire au-delà (article R.421-9 f pour la déclaration préalable). Une couverture de plus de 1,80 m de haut fait basculer le projet vers le permis. Le texte ne vise expressément que les piscines : pour un bassin d’agrément, seul le service urbanisme de la commune dit quel régime il applique. Nous lui posons la question dès l’esquisse.
Une dispense de formalité ne dispense jamais du respect du PLU. Un bassin de moins de 10 m² reste soumis au règlement de zone.
Le PLU : ce que nous lisons ligne à ligne
Chaque commune de la Riviera a son propre règlement. Celui de Saint-Jean-Cap-Ferrat n’est pas celui de Cannes ni celui de Saint-Tropez, et les règles changent d’une zone à l’autre. Avant de dessiner, nous vérifions :
- l’emprise au sol : selon le règlement, un bassin enterré compte ou non ;
- le coefficient d’espaces verts ou de pleine terre : un radier en béton supprime de la pleine terre, et c’est souvent la règle qui pèse le plus sur les grandes propriétés ;
- les reculs par rapport aux limites séparatives et aux voies ;
- les espaces boisés classés et les éléments de paysage protégés, où l’on ne terrasse pas ;
- les règles sur les affouillements et exhaussements, décisives sur un terrain en restanques ;
- les plans de prévention des risques annexés au PLU : mouvements de terrain, incendie de forêt, et sur certains secteurs inondation ou submersion marine ;
- la gestion des eaux pluviales et les conditions de rejet des eaux de vidange.
Le règlement, le zonage et les servitudes de chaque parcelle se consultent sur le Géoportail de l’urbanisme.
Les servitudes patrimoniales et la loi Littoral
Le littoral azuréen concentre les protections : sites classés ou inscrits, abords de monuments historiques, espaces remarquables. Dans ces secteurs, l’Architecte des bâtiments de France ou l’inspecteur des sites donne son avis, ou son accord, sur le projet, et les délais d’instruction s’allongent. Près du rivage, la loi Littoral encadre en plus toute construction nouvelle. Sur la presqu’île du Cap-Ferrat comme autour du golfe de Saint-Tropez, cette lecture des servitudes conditionne le dessin lui-même.
La loi sur l’eau : rarement concernée, à vérifier quand même
La loi sur l’eau soumet à déclaration ou à autorisation les installations qui touchent les milieux aquatiques. La nomenclature figure à l’article R.214-1 du code de l’environnement [lien Légifrance à insérer] : un plan d’eau relève de la déclaration au-delà de 0,1 ha (1 000 m²) et de l’autorisation à partir de 3 ha (rubrique 3.2.3.0). Un bassin de jardin en circuit fermé reste très en dessous de ces seuils.
Trois situations changent la donne : un bassin alimenté par un forage ou un pompage dans le milieu naturel, une vidange vers un cours d’eau ou un vallon, un ouvrage en zone humide. Un forage à usage domestique se déclare par ailleurs en mairie. Dans tous les cas, l’eau de vidange d’un bassin traité ne part pas dans le milieu naturel sans précaution : son exutoire se règle avec le gestionnaire du réseau.
Le calendrier d’un bassin en béton
| Étape | Ce qui se décide | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Conception | Dessin, niveaux, principe hydraulique | Cohérence avec la pente et les vues |
| Autorisations | Lecture du PLU et des servitudes, déclaration préalable ou permis | Délais allongés en site protégé : à intégrer au planning |
| Terrassement | Plateforme et fond de forme | Calage altimétrique, stabilité du talus |
| Gros œuvre | Radier, voiles, pièces de traversée | Reprises de bétonnage, traversées posées avant coulage |
| Réseaux | Tranchées, alimentation, vidange, éclairage | Essais avant remblai, repérage |
| Mise en eau d’essai | Étanchéité, réglage des seuils | Avant revêtements et plantations |
| Équipement | Pompe, filtration, appoint, commande | Accès d’entretien du local technique |
| Plantation et finitions | Gravier, massifs, éclairage | Protection de l’ouvrage pendant le chantier |
Sur la Côte d’Azur, nous plaçons de préférence le gros œuvre hors des fortes chaleurs, qui accélèrent la prise du béton, et la plantation en automne ou au début du printemps.
HORUS Paysages conçoit bassins et jeux d’eau dans tout le département : voir notre page architecte paysagiste dans les Alpes-Maritimes. Autour d’une piscine cette fois, découvrez le jardin du Cannet et son écran végétal.
Questions fréquentes
Oui, à condition de traiter le béton en conséquence. À Saint-Jean-Cap-Ferrat, à Cannes ou à Saint-Tropez, les embruns et le calcaire de l’eau marquent les parois. Un béton armé coulé en place, soigné aux reprises et aux traversées, puis entretenu régulièrement, vieillit bien. Les pièces métalliques exposées demandent un choix de matériau adapté à l’air salin.
Souvent, oui. Pour les piscines, le code de l’urbanisme impose une déclaration préalable entre 10 et 100 m² de bassin et un permis au-delà ; la commune précise comment elle traite un bassin d’agrément. Même dispensé, le projet doit respecter le PLU : emprise au sol, pleine terre, reculs, risques. En site protégé, l’avis de l’Architecte des bâtiments de France s’ajoute.
Pas toujours. En période de sécheresse, les arrêtés préfectoraux des Alpes-Maritimes et du Var peuvent restreindre le remplissage et l’appoint des bassins et fontaines. La situation de chaque commune se consulte sur VigiEau. Un circuit fermé et un appoint automatique limité à l’évaporation réduisent fortement la consommation et la dépendance aux restrictions.
Un bassin de jardin est d’abord une pièce de paysage : il cadre une vue, rythme une pente, dialogue avec les plantations. L’architecte paysagiste dessine l’ouvrage, fixe ses niveaux et coordonne les entreprises de maçonnerie, de fontainerie et d’éclairage. Le pisciniste ou le fontainier reste un partenaire précieux pour l’exécution hydraulique.
Vous imaginez un canal, un bassin miroir ou une fontaine pour votre jardin de la Riviera ? Discutons-en. [lien interne à insérer vers la page contact]
Photos de chantier : Les Bâtisseurs du Paysage (lesbatisseursdupaysage.fr . Conception : HORUS Paysages. Texte : Stanislas Jung, paysagiste concepteur DPLG.

Stanislas Jung est paysagiste concepteur DPLG, formé à l’École nationale supérieure de paysage de Versailles, et fondateur d’HORUS Paysages. Depuis Feucherolles, il conçoit jardins et parcs dans les Yvelines, en Normandie et sur la Côte d’Azur, de l’esquisse au suivi de chantier. Si la botanique et l’écologie sont nécessaires, il n’oublie pas l’importance du trait : le jardin comme trait d’union entre « le sauvage » et « le construit ». Ses immersions en milieu naturel, de la Mongolie à l’Islande, nourrissent chaque projet.