À Bourgueil, quatre hectares dessinés en lisière de forêt

26 juillet 2026 
Perspective dessinée par HORUS Paysages de la cour d'entrée avec cépées et carport, à Bourgueil

L’aménagement paysager de cette propriété en Touraine tenait en une phrase du maître d’ouvrage : que rien ne se voie. Sur quatre hectares de bois, de prairies et de clairières, à Bourgueil (Indre-et-Loire), HORUS Paysages a dessiné un jardin qui escamote sa propre technique. Motorisation, réseaux, stationnement, arrosage : tout disparaît derrière de la pierre sèche, du bois et du végétal. Chantier simple en apparence. Très technique dans le détail.

Perspective dessinée par HORUS Paysages de la cour d'entrée avec cépées et carport, à Bourgueil
L’étude en perspective sert d’abord à vérifier une chose : ce que la végétation cache, et ce qu’elle laisse voir.

Le contexte : une maison de tuffeau au milieu du bois

La propriété occupe le lieu-dit Le Petit Bel Air, à l’écart du bourg. Une maison de tuffeau, une allée de graviers, une mare, une piscine, un boisement, des prairies : tout existait déjà, mais sans lien entre les parties. Le classement du site impose ses règles — zone naturelle au PLU, partie nord des parcelles en espaces boisés classés. Et la faune sauvage circule librement, sangliers compris.

Les propriétaires nous ont confié la mission complète en juillet 2024 : étude, conception, consultation des entreprises, direction de chantier. Nous avons mené les études de septembre à décembre 2024, puis la consultation jusqu’en janvier 2025.

Un aménagement paysager pensé à deux échelles

Le projet se lit sur deux registres. Un schéma directeur d’abord, à l’échelle des quatre hectares : il fixe les usages, les clôtures et le tracé de la balade, environ 500 mètres de sentier forestier. Il fixe surtout les régimes d’entretien. Vient ensuite le projet détaillé, sur le secteur de la maison, où se règlent les sols, les plantations et l’éclairage.

Ce qui tient l’ensemble, c’est un gradient de gestion. Quatre intensités se succèdent depuis la maison : gazon tondu au robot, pelouse passée à l’autoportée deux fois par mois, prairie fauchée une à deux fois l’an. Vient enfin le boisement, dont seul le sentier s’entretient, trois fois par an. Le dessin épouse cette économie. Vue de la maison, la propriété semble entièrement soignée ; sur le terrain, l’essentiel de la surface demande quelques passages annuels.

Extrait du plan de masse HORUS Paysages de la propriété de 4 hectares à Bourgueil
Le plan articule deux échelles : un schéma directeur sur 4 ha, un projet détaillé sur le secteur de la maison.

Cacher la technique derrière la pierre sèche

L’entrée concentre le parti. Vingt mètres linéaires de muret en pierre sèche montent sans mortier, en pierre locale, jusqu’à 1,60 m au point haut. Un portail agricole en bois à cinq barreaux s’insère entre deux piles maçonnées. Rien ne signale l’électronique : la motorisation est encastrée, la visiophonie logée dans la pile. FG Aménagement a traité ce lot avec l’éclairage extérieur.

Le muret ne s’est pas décidé sur plan. Nous avons validé un échantillon de pierre sur site, puis un gabarit en carton, pour arrêter la courbe et les proportions avant le premier lit.

Muret en pierre sèche et portail agricole en bois à cinq barreaux, entrée de propriété à Bourgueil
Vingt mètres linéaires de pierre sèche montés sans mortier : la motorisation et la visiophonie disparaissent dans l’ouvrage.

Même logique pour le stationnement. Le carport, dessiné sur mesure, mesure 12,00 × 5,50 m sous 2,40 m de hauteur, en tube acier 80 × 80. Sa toiture et ses dix claustras reçoivent un treillis béton à maille 100 × 100. Galvanisé à chaud, puis thermolaqué dans un ton rouille — le RAL Mars 2525 — il se fond dans la lisière. Quatre chèvrefeuilles Lonicera ‘Halls Prolific’ l’habillent. À terme, l’ouvrage doit se lire comme une masse végétale, pas comme un abri à voitures.

Le vernaculaire, du sol à la terrasse

Les sols reprennent la matière du pays. L’allée et la cour sont en grave calcaire 0/31,5 livrée par les carrières Moreau, à Bourgueil même : quelques kilomètres entre l’extraction et le chantier. Les cheminements piétons reçoivent trois centimètres de gravier calcaire concassé beige clair sur fond de forme drainant.

La terrasse joue une note plus travaillée, sans quitter la palette. Nous avons retenu des pavés de terre cuite Vande Moortel, référence Ancienne Belgique 7 jaune bronze, en 188 × 45 × 63 mm. Posés sur chant sur un lit de sable pur concassé de trois centimètres, ils demandent environ 111 unités au mètre carré, sur 32 m². Leur ocre nuancé, patiné de gris, répond au tuffeau de la maison mieux qu’une pierre reconstituée n’aurait su le faire. Les Édénistes ont réalisé ce lot au printemps 2025, avec les emmarchements et les terrasses de gravier à inserts de traverses de chêne.

Planter des gros sujets en deux passes

L’hiver 2025-2026 a été très pluvieux. Nous avons donc scindé la plantation en deux campagnes, calées sur le cycle des végétaux plutôt que sur le calendrier du chantier.

Première passe en décembre, pour les caducs : charmes, érables champêtres et amélanchiers, plantés à nu de feuilles, au repos végétatif complet. Les sujets viennent des pépinières Chauviré, en mottes conséquentes. Un Carpinus betulus 350/400 arrive avec 110 cm de diamètre de motte, un Acer campestre 300/350 multitronc avec 80 cm.

Seconde passe en mars, réservée aux conifères, qui demandent une terre réchauffée pour émettre des racines. C’est la campagne la plus spectaculaire. Le 4 mars 2026, un Cedrus libani de 8 à 9 mètres a traversé le sous-bois au chariot télescopique avant de rejoindre sa fosse.

Trois mottes de grands sujets dressées dans la prairie devant le chariot télescopique, à Bourgueil
Mars 2026 : la seconde passe de plantation, réservée aux conifères, attend une terre réchauffée.

Deux règles ont gouverné ces mises en fosse. D’abord l’ancrage de motte. Des systèmes enterrés type Platipus tiennent le sujet par sa motte, sans tuteur ni hauban visible : dix-huit ancrages pour la pinède, un haubanage renforcé pour le cèdre. Ensuite la plantation haute. Nous plantons le collet 20 à 25 cm au-dessus du niveau fini. Une motte de ce volume se tasse, et un sujet planté à niveau se retrouve enterré deux ans plus tard.

Mise en fosse du cèdre du Liban, deux compagnons ajustent la motte, chantier à Bourgueil
Le collet arrive 20 à 25 cm au-dessus du niveau fini : le tassement de la motte le ramènera à sa place.

Le végétal : une pinède, des écrins, mille neuf cents vivaces

Les pins portent le projet. La pinède réunit des Pinus sylvestris de fort calibre : quatre sujets en 40/45 de circonférence, deux en 35/40, trois en 30/35. Une douzaine de sujets en 180/200, conduits en port naturel, complètent le bosquet. Nous les avons marqués nous-mêmes à l’automne 2025, en Allemagne, chez Bruns et chez Baum & Bonheur.

Autour, le dessin travaille par écrins. Quatre Amelanchier lamarckii en cépée remontée cadrent la piscine et donnent la floraison blanche d’avril. Des ifs taillés en boules volontairement aplaties — nous avons refusé les sphères parfaites — ponctuent les massifs. Un Cornus kousa var. chinensis en cépée masque une façade aveugle, tronc dégagé pour laisser lire la maçonnerie derrière.

Les massifs, eux, reposent sur les graminées. Nous avons commandé près de 1 900 vivaces et graminées chez Lepage. Calamagrostis brachytricha et ‘Karl Foerster’ font la masse ; Pennisetum alopecuroides ‘Weserbergland’ borde la piscine. Autour viennent Salvia nemorosa ‘Caradonna’, Nepeta ‘Walker’s Low’ et Anemone ‘Honorine Jobert’. Au pied du brasero, un jardin d’aromatiques : romarin, hysope, sauge officinale, fenouil. Les bulbes prolongent la saison vers l’amont — Narcissus poeticus, Narcissus ‘Thalia’, Camassia leichtlinii.

Plus loin, la palette redevient franchement rurale. Une haie champêtre réunit 260 jeunes plants sur cinq essences. Une clairière de régénération reçoit 30 châtaigniers, 15 chênes pédonculés et 60 baliveaux de noisetier.

Grosses mottes grillagées déposées au sol devant le camion de livraison, à Bourgueil
Chez Chauviré, un Carpinus betulus 350/400 arrive en motte de 110 cm de diamètre : la fosse se dimensionne sur elle.

La nuit, la floraison prend le relais

L’éclairage extérieur suit la même règle que le reste : il éclaire sans se montrer. Les projecteurs sont enterrés au pied des sujets et braqués vers le haut. De jour, l’installation disparaît dans le paillage.

Nous avons réglé les faisceaux sur site, le 18 mars 2026 au soir. Les amélanchiers étaient alors en pleine floraison. Éclairés par en dessous, ils passent d’un blanc discret à midi à une masse lumineuse à la nuit tombée — et la maison de tuffeau, elle, reste dans l’ombre.

Amélanchiers en cépée en pleine floraison, éclairés de nuit devant une maison de tuffeau à Bourgueil
18 mars 2026, 21 heures : réglage des projecteurs, les amélanchiers en pleine floraison.

Même parti dans la cour : deux amélanchiers encadrent le cheminement et suffisent à guider le pas. Aucune borne, aucune lanterne au sol, rien qui balise la circulation. Ce sont les arbres qui font le chemin.

Le résultat, un an après le premier coup de pelle

Nous avons réceptionné les travaux le 17 avril 2026 et levé les réserves le 25 mai. Mercier Paysage a mené les lots terrassement, VRD, paysage et arrosage ; Les Édénistes les terrasses ; FG Aménagement l’éclairage et la motorisation.

Le procès-verbal d’avril note ce qui compte vraiment sur un chantier de gros sujets : débourrage constaté sur l’ensemble des grands sujets, cornouillers et amélanchiers en feuilles, premières pousses vigoureuses sur les pins et sur le cèdre. La reprise est acquise.

L’entretien, lui, restera léger. Un paillage de BRF couvre les massifs sur huit centimètres. Le goutte-à-goutte dessert 343 m² de plantations, piloté par un programmateur à pluviomètre. Le reste, ce sont des prairies et un bois, et cela se fauche.

Vous avez une propriété à repenser dans son ensemble, et pas seulement ses abords ? Discutons-en.

LE JARDIN EN QUELQUES MOTS


Questions fréquentes

Quand faut-il planter un arbre de gros calibre ?

Entre novembre et mars, hors gel et hors sol détrempé. Les caducs se plantent tôt, en décembre, au repos végétatif complet. Les conifères attendent mars et une terre réchauffée : ils gardent leur feuillage, transpirent tout l’hiver et doivent émettre des racines vite. Sur ce chantier, trois mois séparent les deux campagnes.

Comment tient un grand arbre sans tuteur apparent ?

Par un ancrage de motte. Des plaques et des câbles enterrés, posés au moment de la mise en fosse, bloquent le système racinaire pendant les deux à trois ans de l’enracinement. Rien ne dépasse du sol : ni tuteur, ni hauban, ni collier. Sur la pinède de Bourgueil, dix-huit sujets reçoivent cet ancrage.

Pourquoi planter une grosse motte au-dessus du niveau du sol ?

Parce qu’elle se tasse. Une motte de 100 à 110 cm de diamètre perd plusieurs centimètres de hauteur dans les mois qui suivent la plantation. Le sol rapporté autour d’elle se tasse également. Nous plantons donc le collet 20 à 25 cm au-dessus du niveau fini. Planté à niveau, le même sujet finirait enterré, avec un risque d’asphyxie du collet.

Un muret en pierre sèche peut-il recevoir un portail motorisé ?

Oui, à condition de dissocier les ouvrages. La pierre sèche travaille sans mortier et accepte de légers mouvements ; le portail, lui, exige un point fixe. On maçonne donc des piles dédiées, qui portent les gonds, la motorisation encastrée et la platine de visiophonie. Le muret vient ensuite s’appuyer contre elles, sans jamais reprendre leurs efforts.

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